La 317ème section de Pierre Schoendoerffer

La 317ème section de Pierre Schoendoerffer
Noir et blanc
1h 30 – Sorti en 1965
Prix du scénario à Cannes

 

la 317 section - Affiche

 

Synopsis

4 Mai 1954, en Indochine. La 317e section, cantonnée dans le Nord-Laos, reçoit l’ordre de se replier vers le sud, afin de rejoindre une colonne de renfort en route vers Diên Biên Phu. La section se compose de quatre Français et de quarante-et-un Laotiens. Elle est commandée par un jeune officier tout juste de sortir de Saint-Cyr, assisté de trois sous-officiers français et d’un sous-officier laotien. Arrivé quinze jours plus tôt, l’officier, le jeune sous-lieutenant Torrens est secondé par l’adjudant Willsdorff, vieux routier et vétéran de la Seconde Guerre mondiale. La petite troupe se met en marche, dans des conditions extrêmement pénibles, confrontée à la jungle, aux intempéries, aux fièvres et aux combattants du Viet Minh. Durant la marche, les soldats apprennent avec consternation la chute du camp retranché de Diên Biên Phu, tombé le 7 mai. Au huitième jour, la section est anéantie.

 

Les acteurs

Le sous-lieutenant Torrens est interprété par le jeune Jacques Perrin ((24 ans) et l’adjudant Willsdorf par Bruno Crémer (36 ans). Le film leur doit beaucoup, grâce au scénario centré sur les relations entre les deux hommes, dans un contexte extrême. Le jeune officier qui a appris la guerre dans les livres veut bien faire mais il est dépassé par les évènements. A ses côtés, le sous-officier, baroudeur pragmatique, sait avoir les bons réflexes. Au lieu de se défier, les deux hommes apprennent à s’apprécier et se respecter.

 

la 317 section - Jacques Perrin et Bruno Crémer

 

On peut dire que Jacques Perrin et Bruno Crémer sont des acteurs fétiches de Pierre Schoendoerffer qui les a fait jouer dans plusieurs de ses films.
Jacques Perrin dans Le Crabe-tambour (1977), L’Honneur d’un capitaine (1982), et Là-haut, un roi au-dessus des nuages (2004).
Bruno Crémer dans Objectif 500 millions (1966) et Là-haut, un roi au-dessus des nuages (2004).
Quarante ans après La 317ème section, Pierre Schoendoerffer les réunit dans son dernier film, adapté de son roman Là-haut. Véritable film-testament où il reprend les thèmes récurrents de sa filmographie : la guerre d’Indochine, l’obéissance et le sacrifice des militaires.

 

Le réalisateur

Grand lecteur de romans d’aventure, matelot, photographe de guerre en Indochine et cinéaste.

D’origine alsacienne, Pierre Schoendoerffer est né à Chamalières, dans le Puy-de-Dôme, le 5 mai 1928. Lycéen à Annecy, il s’enthousiasme pour la lecture de récits d’aventure, ceux d’Herman Melville, Joseph Conrad ou Jack London. Le jeune homme qui n’a jamais vu la mer rêve de devenir marin. A 18 ans, Fortune carrée de Joseph Kessel (1932), dont l’action se situe au Yémen et sur la mer Rouge, le pousse à s’engager comme matelot sur un chalutier. Pendant deux ans, il navigue en mer du Nord et mer Baltique.

 

Pierre Schoendoerffer
Pierre Schoendoerffer

 

Appelé pour effectuer son service militaire, il rentre à Paris. Il voudrait travailler dans le cinéma mais les portes auxquelles il frappe restent closes. Il découvre, en lisant un article consacré à la mort d’un caméraman de l’armée, l’existence d’un service cinématographique des armées. Il s’engage, effectue un stage au Fort d’Ivry et part en Indochine en 1952. Il est envoyé d’abord au Cambodge, devient caporal-chef et cameraman. Il filme les opérations militaires. Il est fait prisonnier à l’issue de la bataille de Diên Biên Phu. « J’étais au fin fond de la misère humaine. Les trois quarts de mes camarades sont morts. Je suis un survivant donc un débiteur. » Libéré fin août, après quatre mois de captivité, il reste en Indochine, est démobilisé en janvier 1955 et devient photographe pour de grands magazines étrangers. Avec l’argent gagné, il boucle son tour du monde.

 

Pierre Schoendoerffer (à gauche) et le photographe Daniel Camus
après leur libération en août 54

 

A Hong Kong, il rencontre Joseph Kessel à qui il fait part de son désir de devenir cinéaste et qui promet de l’aider.
A son retour en France, Kessel lui propose de tourner aux côtés de Jacques Dupont un film documentaire sur le jeu de bouzkachi en Afghanistan. La Passe du diable sort en 1956.
Suivent deux autres films adaptés de romans de Pierre Loti : Ramuntcho et Pêcheur d’Islande en 1959. Succès médiocre. Carrière au point mort.
En 1963, Pierre Schoendoerffer réalise un court métrage pour le service photographique des armées et se met à l’écriture de La 317ème section.
Grâce au producteur George de Beauregard, fasciné par son parcours d’aventurier, il peut adapter son récit pour le cinéma en 1965.

 

La 317ème section
Un des plus grands films de guerre de l’histoire du cinéma

Tourné au Cambodge, La 317ème section est le premier film tourné sur la guerre d’Indochine. Son expérience du terrain, sa présence lors de la bataille de Diên Biên Phu, conduisent le réalisateur à des choix techniques qui donnent à son film un réalisme quasi documentaire : prises de vue caméra à l’épaule, noir et blanc.
Pendant un mois, le tournage est pénible pour l’équipe, lâchée au cœur de la forêt cambodgienne.
« J’ai imposé à tout le monde la vie militaire, dira le cinéaste. Un film sur la guerre ne peut pas se faire dans le confort. Tous les matins, nous nous levions à 5 h et nous partions en expédition à travers la jungle. Nous étions ravitaillés par avion toutes les semaines. La pellicule était expédiée à Paris dans les mêmes conditions. De là-bas, on nous répondait télégraphiquement ‘Bon’ ou ‘Pas bon’. »
La force du film tient à la proximité entre les êtres filmés et le réalisateur. Le spectateur est transporté au cœur de la petite troupe, en partage les souffrances, les courtes joies partagées, le sentiment d’abandon, sans qu’il soit question des idéologies. 45 êtres humains sont prisonniers de la jungle, confrontés à un ennemi invisible et voués à la mort dans la plus totale indifférence du monde. Un film tragique, quasiment métaphysique.

 

Pierre Schoendoerffer, la sentinelle de la mémoire

Documentaire de Raphaël Millet

60 mn – 2011
Ce film retrace le parcours de Pierre Schoendoerffer depuis sa participation à la guerre d’Indochine et l’impact que cette expérience personnelle de la guerre a eu sur l’ensemble de son œuvre de cinéaste et d’écrivain.
L’accent est tout particulièrement mis sur l’unité qui existe entre deux films réalisés par Pierre Schoendoerffer : un film de fiction comme La 317ème Section sur la guerre d’Indochine menée par les Français, et un film documentaire comme La Section Anderson (1965) sur la guerre du Vietnam menée par les Américains.
Il met en évidence l’intérêt humaniste que Pierre Schoendoerffer porte à la condition humaine dans des situations aussi extrêmes que les conflits armés.
Interviennent dans le film Pierre Schoendoerffer, son chef-opérateur Raoul Coutard, le cinéaste Costa-Gavras, les comédiens Jacques Perrin et Boramy Tioulong…

 

Pierre Schoendoerffer, la sentinelle de la mémoire (2011)

RH

 

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