La Section Anderson de Pierre Schoendoerffer

Documentaire français
Noir et blanc
65 minutes – Sorti en 1967
Oscar du meilleur film documentaire en 1968

 

 

Une commande de la télévision française

Septembre 1966, la guerre du Vietnam se durcit., Le rédacteur en chef de l’émission de télévision Cinq colonnes à la une demande à Pierre Schoendoerffer de retourner au Vietnam pour un reportage sur la guerre. Un peu plus d’un an après la sortie de La 317ème section, Pierre Schoendoerffer fait part de ses s’interrogations à Pierre Lazareff : un documentaire sur la guerre permet-il de « ramasser autre chose qu’une somme d’anecdotes et d’accéder au mystère de la condition humaine »? Pierre Lazareff lui répond d’aller sur place et de n’en revenir que lorsqu’il aurait trouvé ce qu’il cherche. Pierre Schoendoerffer s’envole pour le Vietnam avec un cameraman, Dominique Merlin, et un preneur de son eurasien, Raymond Adam. Ils y resteront deux mois et demi.

 

« Je croyais retrouver l’Indochine, j’ai rencontré l’Amérique »

Schoendoerffer connaît l’Indochine puisqu’il y a passé près de trois années, en pleine guerre d’Indochine, comme caporal au Service cinématographique des armées. Pour lui, l’aventure s’est achevée à Diên Biên Phû et dans les camps vietminhs en 1954.
«Je croyais retrouver l’Indochine, j’ai rencontré l’Amérique», confesse-t-il. Comme il l’avait fait pour la 317ème section française, il a le projet de suivre une section américaine, l’unité de base de l’US Army. Pierre Schoendoerffer raconte : «Mon choix s’était d’abord porté sur la Big Red One, la division qui avait débarqué à Omaha Beach le 6 juin 1944. Mais le courant n’est pas passé et je suis allé voir la First Cav., la première division de cavalerie, équipée d’un millier d’hélicoptères. Et là, je tombe sur ce grand lieutenant noir, Anderson, qui sortait de West Point, le Saint-Cyr américain.»
«Nous avons vécu sept semaines vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec les 33 hommes de la section, presque tous des appelés, poursuit Pierre Schoendoerffer. Pendant les quatre ou cinq premiers jours, nous avons filmé sans arrêt, mais sans pellicule. Les soldats regardaient la caméra, faisaient des grimaces, prenaient des poses. Puis ils se sont habitués à notre présence et sont redevenus naturels. Alors, nous avons commencé à filmer vraiment.»
Pas d’interview car Schoendoerffer veut montrer. L’équipe de télévision participe aux opérations héliportées, aux patrouilles dans la chaîne annamitique. Elle partage l’épuisante lutte de ces enfants de la prospérité contre la pluie, la boue, sous le feu des adversaires, dans des campements de fortune, avec, pour certains, la mort tout au bout de leur périple guerrier. Gros plans sur les visages, voix off répétant sans cesse les noms, bruits des engins.

 

 

La réception du film

Diffusé début 1967 dans Cinq Colonnes à la une, la Section Anderson rencontre un succès immédiat. La chaîne américaine CBS achète les droits du film qui obtient l’Oscar du long métrage documentaire en 1968.
Schoendoerffer met en lumière les deux problèmes les plus douloureux de l’Amérique des années 60: la question noire et la guerre du Vietnam.
Découvrir le film aujourd’hui, après Apocalypse Now (1979) et Full Metal Jacket (1987) qui sont devenus des grands classiques de la guerre du Vietnam peut donner une impression de déjà vu. Mais il a été tourné douze ans avant le premier et vingt ans avant le second.
C’est bien Pierre Schoendoerffer, cinéaste et romancier français, qui a inventé le genre.

 

Réminiscence, 1989

20 ans après le tournage de La section Anderson, le réalisateur part aux États-Unis à la recherche des survivants dont le lieutenant Anderson. Pour la plupart issus de milieux populaires, ceux qui ont survécu aux blessures des balles soignent encore leurs blessures psychologiques, bien plus profondes. Réminiscence reste l’un des plus émouvants documentaires sur les séquelles d’une guerre.

 

Le coffret de 2 DVD vendu par l’INA contient les deux documentaires et des compléments :

De retour du Vietnam interview radiophonique, 1967, 11 min
Pierre Schoendoerffer ou Les chemins de l’aventure de Claude Santelli, 1969, 30 min
Pierre Schoendoerffer, la sentinelle de la mémoire documentaire de Raphaël Millet, 2011, 1h00

 

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