Mission 9 – Chapitre 3

Octobre à Hanoi

Trois semaines ont filé depuis le dernier chapitre. Reprenons !

● Dimanche 11 octobre – Guide d’un jour !

Après un savoureux déjeuner chez mes amis Nhu et Thang, j’ai rejoint le groupe d’amis grenoblois arrivés le matin même.
Nhu, mère de Kim, se remet de sa fracture au poignet – mauvaise glissade dans une rizière de son pays natal, chez nous c’est sur la glace ! – et a préparé quelques-uns de mes plats préférés : banh goi, nems, toms…

14 h. Rendez-vous à l’hôtel Médaillion, 11 Ma Mai, dans le vieux quartier.

Ce n’est pas loin de l’Opéra, mais je prends un taxi ; ça roule à cette heure-ci ! J’arrive dans les rues étroites et ombragées où on croise de nombreux tay (Occidentaux), pas comme à l’Université. Les dix amis « amenés » par Patrick Le Brouster – j’en connais sept – m’attendent. Bises, à la française ! Ici on perd l’habitude des bisous, coutume pas du tout vietnamienne. Ici on est pudique.
Hang Bac, la rue des bijoutiers, j’indique un magasin Made in Vietnam où mes petits-fils ont trouvé leur bonheur l’an passé avec des vêtements North Face. « Ouah ! Mamie, c’est la qualité et pas cher ! » Puis Hang Bê où j’ai deux adresses : l’une pour les sacs North Face et l’autre, chez Son Son, pour l’artisanat vietnamien. Les patronnes me reconnaissent et viennent me saluer, donnent leur carte aux amis.

On arrive au lac Hoan Kiem. Je raconte la célèbre légende liée au site.
Un jour, un pauvre pêcheur s’est vu confier une épée magique par une tortue sacrée sortie du lac afin de défendre le royaume contre les envahisseurs Ming. On raconte qu’il souleva tout le peuple vietnamien, remporta de nombreuses victoires et devint le souverain Lê Loi. Plus tard, une tortue est sortie du lac pour lui réclamer l’épée, dévoilant ainsi son caractère magique. Lê Loi rendit l’épée à la tortue qui a survécu de longues années. Peut-être est-ce celle qu’on a repêchée il y a peu et qui est exposée dans le Den Ngoc Son.
Photos sur le joli pont rouge, légèrement courbé, qui mène vers le temple de Jade, Ngoc Son. On longe le lac, l’air y est plus frais. Puis il faut traverser la large avenue… moment difficile. Ly Thai Tho, le fondateur de Hanoi, nous aperçoit du haut de sa statue colossale. Plus loin, les beaux quartiers, l’hôtel Métropole devant lequel il n’y a pas trop de mariés – ce ne doit pas être un jour faste !- puis l’Opéra et le centre culturel français.

Maison des hôtes du gouvernement vietnamien

Retour vers la rue de la Soie où nous avons rendez-vous avec Tu Linh et Anh Tu pour déguster un café à l’œuf, délicieuse spécialité hanoïenne que je ne connaissais pas encore. Sur la terrasse qui domine le lac, les deux filles sont en verve et nous passons un très bon moment avant le dîner d’accueil offert par AsiaplusVoyages.

Dégustation du café à l’œuf
Dégustation du café à l’œuf

● Professeure et conseillère pédagogique toujours !

J’assiste à des cours excellents, d’autres moins. J’observe, je conseille, j’explique.
Je fais cours à la demande, quand le sujet semble difficile au professeur, ou quand il est curieux de voir ce que je proposerais de faire.

Hai, Préfassienne 2007

Un lundi, Lien – Préfassienne 2011- m’invite à parler de cinéma dans une classe de 1ère année de bon niveau (de 3 à 12 ans de français).
Je lui propose d’étudier deux bandes-annonces : celle de l’Enfant des Frères Dardenne auquel le manuel consacre une belle place, celle des Femmes du 6ème étage que nous avons vues ensemble le vendredi précédent.
7h, on parle de Cannes, de la Palme d’or puis on étudie les plans, les couleurs, la bande-son pour en déduire le sens du film L’Enfant… les étudiants répondent, se piquent au jeu, découvrent l’analyse filmique, le temps file… un bonheur ! Je devais rester 1h30, mais Lien me propose de rester jusqu’à la fin du cours, à10h30, pour étudier la deuxième bande-annonce.
Un autre lundi, Anh Tu – Préfassienne 2014- me demande de travailler sur la « Lettre à Dieu » de Voltaire, extraite du Traité sur la tolérance.
7h30 en classe d’excellence de 2ème année, j’inscris ce travail dans la foulée de celui que nous avons mené ensemble le vendredi précédent sur une des émissions de Jean-Christophe Victor consacrée aux « Religions dans le monde ». Si vous ne connaissez pas la série Le Dessous des cartes (Arte), je vous la recommande.
Le texte n’est pas facile, il faut prendre le temps, faire relire les phrases, établir des liens avec l’actualité. 11h30, je suis vannée – il fait chaud encore !-, mais nous sommes content-e-s.

Trois Préfassiennes à la salle des professeurs :
Lien 2011, Anh Tu 2014, Phuong1998

● Séminaires sur l’engagement

Comme le prochain dossier étudié en classe de 2ème année porte sur l’engagement, je commence à poser quelques définitions et quelques jalons. Au 16ème s. j’évoque D’Aubigné et Montaigne, les guerres de religion. Au 17èmes. La Fontaine, La Bruyère. Je montre leurs portraits, nous observons l’évolution des costumes et des coiffures. Puis des images des massacres de Wassy, de la Saint Barthélémy, les Gueux et les Misères de la guerre de Jacques Callot. Gros intérêt pour le sujet. Le contentement se lit sur les visages.
Le jeudi suivant, nous abordons les Lumières avec Montesquieu, Voltaire et Rousseau qui ne sont pas connus, ou très peu. Galerie de portraits, photos de torture, la roue sur laquelle Jean Calas a été battu à mort, la rue Chevalier de la Barre à Dieppe, le mémorial Jean Calas à Toulouse. Il suffit d’aller sur Google et on trouve toutes les illustrations souhaitées. C’est génial !
J’ai proposé aussi des exposés sur des chansons engagées que les profs pourront utiliser en classe : après Lily de Pierre Perret, Les Mains d’or de Bernard Lavilliers et Nuit et Brouillard de Jean Ferrat.

Pierre Perret

 

 

 

 

 


On la trouvait plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies, Lily
Dans un bateau plein d’émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris.
Elle croyait qu’on était égaux, Lily
Au pays d’Voltaire et d’Hugo, Lily
Mais pour Debussy en revanch’
Il faut deux noires pour une blanche
Ça fait un sacré distinguo

J’ai déjà entendu plus d’une dizaine d’exposés lors des séminaires et je constate la difficulté des professeurs à respecter les consignes données. L’exposé reste narratif et pas argumentatif pour répondre à des questions comme : « En quoi ce texte est-il de droite ? » ou « En quoi ce texte est-il un texte engagé ? »
Nous progressons : le dernier exposé était sur la bonne voie, mais pas encore assez bien structuré.
Parallèlement, le lundi, je mène un travail sur l’élaboration de sujets de CE (Compréhension écrite) et la synthèse : résumé et compte rendu de texte. Les sujets de CE sont conçus sous forme de QCM et les professeurs se disent démunis pour trouver les textes, poser les questions et faire 4 propositions de réponse pour chacune. Les QCM ne sont pas ma tasse de thé, vous l’imaginez, mais je n’ai pas le choix.
Je vois, avec inquiétude, le Département universitaire évoluer vers le profil et les standards d’une école de langue. Je crains que les épreuves d’évaluation au terme du cursus de 4 ans, inspirées par la section d’anglais, n’influent sur les enseignements au point d’en faire disparaître l’intérêt culturel et formateur.

● Rencontres amicales

Un dimanche midi chez les parents de Lê Thuy Ha – en CDI chez Louboutin à Paris – toujours en compagnie de la grande famille de maman Bich. Repas toujours très joyeux, toujours très copieux.

Fête des femmes vietnamiennes le 20 octobre.

Cette année nous étions invitées à déjeuner dans un restaurant coréen, par les collègues masculins, très minoritaires !

Les amis de l’Aafv-Val de Marne sont arrivés !

J’ai rencontré Nicole et Raymond à l’Université puis chez le Doyen, qui nous avaient invités dimanche soir. On se revoit demain pour parler de nos projets communs.

La veille, j’ai revu une ancienne collègue

mère de Hai Préfassienne 2007 et prof au Département qui m’avait invitée à dîner. Rires et bavardages.

Hai, sa mère Tinh et Huong, Préfassienne 2017

Les déjeuners sont l’occasion de bavarder avec les amies :

du boulot et de la famille, du mariage, des maris, de l’amour, de la vie… Intéressante conversation sur le film Une femme française de Régis Wargnier diffusé sur TV5 Monde mardi avec la sublime Emmanuelle Béart.
Hoai, Préfassienne 2006 qui vit à Nancy, est venue avec son mari Son dont le père a été hospitalisé. Ils ne sont restés qu’une semaine, mais Hoai a eu le temps de venir déjeuner avec moi. Elle était étonnée des changements survenus dans le quartier !

Au restaurant avec Hoai

● Et l’intendance qui ne suit pas ! Et les fêtes qui se suivent !

Le climatiseur de mon bureau est tombé définitivement en panne, pas réparable ! Et il faudra attendre pour l’installation d’un nouvel appareil. Alors une amie Préfassienne, Hoai Anh, m’a apporté un ventilo neuf que son mari m’a installé, jeudi à 22h !
Aujourd’hui, 1er novembre, le vent du nord-est est arrivé, les températures ont chuté. On respire… enfin si on est « tay » parce que les amis vietnamiens trouvent qu’il fait trop froid : 24° !
Chez nous, c’est la Toussaint, les cimetières multicolores. Les feuilles prennent de sublimes couleurs.
Ici on fête les anniversaires de mort.
Ici l’automne ne se traduit pas par la coloration des feuilles, ni leur chute, sauf quelques espèces. Les fêtes continuent : après le biz (o) utage des étudiants, les 60 ans du Département de russe hier et Halloween, les 60 ans de l’Université samedi prochain auxquels je suis invitée…