Duong Thu Huong

Duong Thu Huong, la rebelle, née en 1947

 

Duong Thu Huong
Au Salon du livre de Paris en 2014

 

[Il existe 2 d en vietnamien : d barré et d non barré qui se prononce z. Comme le d de Duong n’est pas barré, on prononce le nom de famille de la romancière Zuong. Son prénom signifie parfum (huong) d’automne (thu)]

 

« Une famille ni riche ni pauvre »

Duong Thu Hong est née en 1947 au Nord Vietnam dans la région de Thai Binh, d’une mère institutrice – « une sorte de plante d’agrément, coquette et légère » – et d’un père ingénieur des communications qui s’est engagé aux côtés des nationalistes vietnamiens lors de la guerre d’Indochine. Dans son enfance, elle a été témoin des conséquences dramatiques de la réforme agraire des années 1955-56. Cf. Les Paradis aveugles.

Dương Thu Hương reçoit une éducation traditionnelle. Plus tard, elle s’inscrit à l’École supérieure de la culture, institution académique vietnamienne réputée entre autres pour sa formation d’acteurs, de chanteurs et de danseurs.

 

« Chanter plus fort que les bombes »

A 15 ans, elle part au front comme « soldate chanteuse », à Binh Tri Thien, une des régions les plus bombardées proche du 17ème parallèle. Elle travaille au Comité de la culture de la province de Quang Binh et rejoint un groupe d’artistes qui remonte le moral des troupes mais participe aussi à l’évacuation des blessés.

Elle déclare avoir voulu défendre son pays « par nationalisme et parce que, si l’on choisit le confort pendant que les autres souffrent, on a une vie ignoble » mais confesse également son goût du risque : « Je voulais être chanteuse, dit-elle, mais je suis partie. C’était l’endroit du front le plus dangereux. J’ai toujours aimé le dangereux ».

Jusqu’à la fin de la guerre en 1975, elle vivra dans des galeries et abris de fortune.

 

Mariée de force en 1967

 « Quand j’étais très jeune, j’ai dû me marier avec un homme qui m’aimait et que je n’aimais pas. Il a mis son fusil sur mon cou, il m’a demandé de l’épouser, sinon il me mettait une balle dans la gorge, il se tuerait ensuite. J’avais peur, j’avais vingt ans, c’était un homme fou amoureux, mon père était loin. Vous savez bien que dans une famille le père est toujours le premier soutien des filles. Mes frères étaient petits, je suis l’aînée, j’ai eu peur de mourir, et je ne pouvais pas m’en sortir. J’ai vécu comme une esclave, une vie végétale, assez longtemps. Après la naissance de deux enfants, j’ai demandé le divorce, mais mon père est intervenu. Il m’a obligée à rester avec cet homme, parce que pour une famille traditionnelle, un divorce c’est salir l’honneur des siens. J’ai dû rester dans ce carcan jusqu’en 1980. »

Son fils est né en 1970 et sa fille en 1972.

Elle commence à écrire des poèmes de liberté qui chantent la Révolution. Elle est admise dans les rangs du Parti communiste vietnamien.

 

La paix revenue, elle devient écrivain « par hasard »

Après la guerre, de retour à Hanoï, son père s’oppose à son divorce car cela ne se fait pas dans une famille féodale. Elle devient scénariste et écrivain. Elle n’avait pas le projet d’écrire : « Cela m’est arrivé par hasard. A cause de la douleur ».

A partir de 1980, elle écrit une quarantaine de nouvelles qui tranchent avec la production de l’époque par la quête d’identité et le désir d’authenticité qu’elles révèlent.

1986 – Son premier roman, Histoire d’amour racontée avant l’aube, est publié au Vietnam. (Traduit en français en 1991)

1987 – Elle devient célèbre avec Au-delà des illusions son deuxième roman, tiré à  100 000 exemplaires. Un énorme succès au Vietnam. « Le livre de chevet de toute une génération ». (Traduit en français en 1996)

Deux romans inspirés de son expérience douloureuse, deux histoires de couples qui se déchirent, se défont. Deux romans qui dénoncent les abus de pouvoir et les mensonges des communistes vietnamiens.

Duong Thu Huong commence à s’exprimer dans la presse et lors de conférences en faveur de l’abolition de la dictature du prolétariat et plus de démocratie.

Fin 1987, elle prend la défense des intellectuels inquiétés par le pouvoir. Oratrice redoutable, elle est attaquée par l’Union des écrivains puis réhabilitée, et devient le porte-parole des rénovateurs.

1988 – Les Paradis aveugles, le roman des abus de la Réforme agraire,  connaît également un très grand succès. (Traduit en français en 1991)

 

En conflit avec les autorités vietnamiennes

En juillet 1990, elle est exclue du Parti. Arrêtée en avril 1991 à Hanoi, elle est emprisonnée sans procès puis libérée en novembre 1991 et assignée en résidence surveillée à Hanoï.

Elle n’est plus publiée au Vietnam mais continue d’écrire.

Elle lit Dostoïevski, Kafka, apprend le français, voudrait pouvoir voyager.

A l’automne 2006, elle a pu récupérer son passeport et obtenir un visa pour la France.

 

Duong Thu Huong vit et publie  en France depuis 2006

Selon Phan Huy Đường, traducteur de romans vietnamiens et responsable de la collection « Vietnam » aux éditions Philippe Picquier, Dương Thu Hương est la seule figure littéraire vietnamienne qui a vu ses œuvres intégralement traduites en français.

Phan Huy Đường expliqua l’aura des écrivains vietnamiens:

« La place de la littérature dans la civilisation vietnamienne est énorme pour deux raisons : la première a une origine nationale et la seconde étrangère. Le Việt Nam a une culture très ancienne, mais cette grande civilisation n’avait pas d’écriture propre. Le savoir oral se transmettait par une forme d’art populaire appelé le « ca dao » (les chants populaires), poésie à la rythmique typiquement vietnamienne chantée à travers les différentes régions. Cette langue archaïque représente la moitié de la langue vietnamienne. C’était une langue formée d’adages [que les Vietnamiens utilisaient] souvent pour exprimer une idée. Le principe? Recueillir la tradition populaire pour ensuite l’enrichir, d’où l’importance de la littérature qui véhicule la tradition et la fait évoluer [et] vivre. La seconde moitié de la langue vietnamienne vient du chinois. N’oublions pas que les Chinois ont occupé notre pays pendant dix siècles. Or, dans la culture chinoise l’« honnête homme » est le lettré. Pour les Vietnamiens, c’est celui qui « paye sa dette de vie », autrement dit celui qui doit s’engager dans la société pour devenir un véritable être humain. Conclusion : au Viêt Nam, il n’y a pas de frontière entre la littérature et la politique à cause de cet engagement nécessaire du lettré. Cela explique la grande estime dans laquelle les Vietnamiens tiennent les poètes et les écrivains. Le pouvoir les craint pour cette même raison. »

 

Duong Tu Huong

 

Source Wikipédia

« Je me battrai par ma plume pour convaincre les autres que l’homme a besoin de la démocratie et de la conscience de ses droits. C’est comme cela que la vie mérite d’être vécue ». Interview du 4.7.2000.

Romans écrits en vietnamien, traduits en français et parus en France

1992 – Roman sans titre, Editions des Femmes

1998 – Myosotis, Editions Philippe Picquier

2006 – Terre des oublis, Editions Sabine Wespieser

2007 – Itinéraire d’enfance, Editions Sabine Wespieser

2009 – Au Zénith, Editions Sabine Wespieser

2011 – Sanctuaire du cœur, Editions Sabine Wespieser

2014 – Les Collines d’eucalyptus, Editions Sabine Wespieser

Tous les romans sont publiés en poche.

 

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