Hamburger Hill de John Irvin

Film étatsunien
Sorti en 1987 – 110 min

Hamburger Hill de John Irvin

Une bataille absurde dans une guerre inutile, la guerre du Vietnam

Un soir de novembre 2021, la chaîne de télévision TCM propose Hamburger Hill, un film de guerre qui s’appuie sur une bataille réelle, qui se déroula du 10 au 20 mai 1969 dans la vallée d’A Sầu, lors de la prise de la côte 937. Tourné aux Philippines en 1986/1987, le film montre d’abord le quotidien d’un groupe de « Screaming Eagles » (les aigles hurlants), surnom donné aux troupes d’élite de la 101ème  division aéroportée qui se trouvent toujours en première ligne. En ce printemps 1969, les rumeurs de paix s’intensifient. Mais les services de renseignement de l’U.S. Army font état de fortes concentrations de troupes ennemies en train de se fortifier dans la vallée d’A Sầu, au centre du pays, à deux pas de la frontière du Laos. Le commandement ordonne l’assaut.

La vie quotidienne au camp

Ils sont terriblement jeunes, même les « anciens » qui attendent d’être rapatriés au terme de leur engagement. Des « bleus », venus les remplacer, sont accueillis sans ménagement. Blancs et noirs combattent au sein des mêmes unités ce qui n’empêche pas les réflexes racistes et engendre des agressions verbales et des bagarres.
Pour occuper le temps libre, on regarde la population locale aller et venir, en contrebas du camp retranché, au bord de la rivière. Les enfants jouent dans l’eau. Les femmes lavent le linge. On parle du pays, du fossé qui se creuse avec les proches : l’un des soldats vient d’être quitté par sa petite amie qui ne voit plus en lui qu’un « tueur ». Un autre témoigne du mépris dont il a fait l’objet lors de sa dernière permission : des hippies lui ont jeté des excréments à la figure, sa femme lui a tourné le dos. D’autres vont au bordel et prennent des bains parfumés avec des jeunes femmes asiatiques.

Il arrive que les « brothers » soient détendus et fraternels
Il arrive que les « brothers » soient détendus et fraternels

Envoyés à la boucherie

La violence s’abat sur la vallée à la suite d’un bombardement viet cong. Ordre est donné de prendre la côte 937. Représentez-vous une colline aux pentes abruptes, sur lesquelles tombent des pluies torrentielles, où les arbres sont déchiquetés par des bombardements successifs, et au sommet de laquelle les Nord-Vietnamiens sont solidement retranchés et tirent sur les assaillants.
Des dates s’affichent sur l’écran à chaque nouvelle journée d’ascension sur un sol transformé en bourbier, métaphore de la situation des États-Unis au Vietnam, en cette fin 1969.
Dix jours durant, les soldats tombent sous la mitraille et les obus. Des têtes explosent, des bras et des jambes sont réduits en charpie, des ventres sont perforés. Ceux qui restent doivent repartir à l’assaut, le jour suivant, jusqu’à la victoire. Mais du bataillon que suit le réalisateur, il ne reste que trois soldats, épuisés, hagards, traumatisés.
il ne reste que trois soldats, épuisés, hagards, traumatisésComme à Dien-Bien-Phu, le Viêt-Cong avait creusé dans la montagne un réseau de tranchées et de galeries qui les rendait insaisissables et invisibles, qui leur permettait d’attaquer par-derrière. D’où le surnom de Hamburger Hill, la colline coupée en tranches. On aperçoit fugitivement leurs casques et leurs yeux lorsque les soldats US arrivent à proximité du sommet. On les voit dans de brefs corps-à -corps, défendant leur terre. Les grands absents sont les officiers de haut rang qui ont donné l’ordre de cette bataille inutile, de ce sacrifice de fils du peuple.

Les chiffres de la bataille

Les images suffisent à dire l’hécatombe mais on a la curiosité de connaître la macabre comptabilité de cette bataille livrée par les cinq bataillons de la 101ème  division aéroportée et un bataillon sud-vietnamien, soit au total de plus de 1800 hommes.
80 tués
372 blessés/disparus
Les forces au sol, étaient soutenues par 10 batteries d’artillerie et une aviation qui effectuera 272 sorties, écrasant les positions de la côte 937 sous un tapis de bombes et de napalm.
Les soldats de l’armée populaire vietnamienne avaient quitté leurs positions la nuit précédente.

Ses répercussions politiques

Dès le 5 juin, le nouveau commandant, le général John W. Wright, décida d’abandonner la colline. Signe, si nécessaire, de l’absurdité de la bataille. De vives critiques se firent entendre dans la presse étatsunienne. Au Congrès, des sénateurs démocrates, contestèrent la stratégie militaire adoptée au Vietnam.
27 janvier 1973, les accords de Paix de Paris – accords d’armistice – aboutissent au retrait des troupes étatsuniennes. 30 avril 1975, c’est la chute de Saïgon.

Une affiche éloquente « We’ve been up on that hill ten times, and they don’t think we’re serious. »
Une affiche éloquente « We’ve been up on that hill ten times, and they don’t think we’re serious »
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