Visite au Musée National des Beaux-Arts du Vietnam à Hanoï

Un samedi au musée des Beaux-Arts de Hanoï – Octobre 2019

J’y suis déjà allée deux ou trois fois depuis 1997 mais j’y retourne, cette fois, avec Huu Tho et Thuy Aquableu, deux amis vietnamiens, ce qui me permettra sans doute de mieux saisir le contexte et les références culturelles de certaines œuvres.
Inauguré en 1966, le musée s’est installé dans les locaux d’un collège catholique pour jeunes filles construit en 1937, à l’époque de l’Indochine française.
Le taxi que j’ai pris sur le campus me dépose sous le porche du musée au bout de 30 min de slalom entre les motos, les bus et les voitures, de rares vélos dont l’audace me saisit. J’aperçois mes amis du côté du garage à motos.

 l'entrée extérieure du Musée

De larges couloirs ouvrent sur les anciennes salles de classe dont on devine les contours. Certaines ont été abattues. On imagine les jeunes filles, probablement en uniforme bleu marine, se pressant vers leurs pupitres.
Le rez-de-chaussée présente des statues, des sculptures et des bas-reliefs, de l’âge de bronze au 18ème s. En bois, en pierre ou en métal. A tout seigneur tout honneur, les objets de la culture de Dong Son, du nom du village où les premiers vestiges ont été exhumés.

Tambour de dong
Tambour de Dong Son

Les fameux tambours de Dong Son gravés de scènes de la vie paysanne : paysans sur des barques, la récolte du riz et les outils utiles à la vie quotidienne.
Quelques salles et quelques siècles plus loin, deux spectaculaires figures de Quan Am, la déesse de la Miséricorde aux mille yeux et aux mille bras. (18ème s.)

 Quan Am
Quan Am

Quelques gracieuses statues féminines de la culture du Champa. Si vous passez par Danang, au Centre du Vietnam, ne manquez pas le musée Cham. Les corps dénudés aux formes voluptueuses contrastent avec l’esthétique du Nord.

statues féminines de la culture du Champa

Des chiens-lions ouvrent leurs gueules grimaçantes. Un large visage écarquille des yeux globuleux sous des orbites et des sourcils bien marqués.

visages

Des dragons de l’époque des Ly (1010-1225) symbolisent le roi et la littérature. A cette époque, le bouddhisme se répand et Van Miêu – le Temple de la Littérature tout proche, la première université du Vietnam – ouvre ses portes. Le corps annelé du dragon se contorsionne. Les mâchoires serrent un châu – une grosse perle – symbole d’humanité, de noblesse et de savoir.

Le corps annelé du dragon

Des fées aux ailes déployées font penser à des anges. L’une toute petite est montée sur un singe et porte le dragon six fois plus grand qu’elle sur ses frêles épaules.

Des fées aux ailes déployées

Une série de sculptures plus réalistes décorant des maisons communales offre une série de scènes pittoresques. Un groupe de personnages rient sous l’effet de l’alcool ? Trois vieillards se tirent la barbiche, manifestement en colère. La table – ou l’échiquier – a-t-elle été renversée par le mauvais perdant ?

Un groupe de personnages

Thuy et Tho dans la grande salle du rez-de-chaussée
Thuy et Tho dans la grande salle du rez-de-chaussée

Une autre grande salle est consacrée aux bodhisattvas, ces sages bouddhistes ayant franchi tous les degrés de la perfection, sauf le dernier qui ferait d’eux un bouddha. Ceux-ci sont les répliques de la pagode de Tay Phuong (1794). On est frappé par le contraste entre deux d’entre eux : le vénérable Buddhanandi au ventre rebondi, se curant l’oreille et soupirant d’aise et le vénérable Shakyamuni aux côtes saillantes, aux joues creusées, et aux doigts des mains et des pieds démesurément longs.

Le vénérable Shakyamuni
Le vénérable Shakyamuni
Le vénérable Buddhanandi
Le vénérable Buddhanandi

Pour monter au 1er étage, nous empruntons un escalier en bois, poli par les ans et d’une agréable douceur. Combien de jeunes filles et de professeurs l’ont-ils emprunté ?
L’étage est consacré aux peintures et aux laques. Avant le 20ème s. peu d’œuvres sont signées. Faut-il en déduire que l’artiste n’était considéré que comme un artisan et que son individualité importait peu socialement ?
Ainsi ce monumental portrait d’un lettré n’est-il pas signé. La notice se contente des informations suivantes : Premier ministre Nguyen Quy Kinh, précepteur du prince héritier (1693-1766)
Maison pour le clan des Nguyen Quy, district de Tu Liem, Hanoi
1764, gouache sur papier

 Premier ministre Nguyen Quy Kinh

Fondée en 1925, à l’époque de l’Indochine française l’École supérieure des beaux-arts de l’Indochine renommée Université des Beaux-Arts du Viêt Nam en 1945, a formé de nombreux
étudiants vietnamiens (et quelques étudiants laotiens et cambodgiens) à la peinture de tradition occidentale, ouvrant la voie à un style d’art moderne spécifiquement vietnamien. On y enseigne les règles de l’anatomie et de la composition. La Petite Thuy de Tran Van Can (1910-1994) est un très célèbre tableau au Vietnam, que chacun.e reconnaît instantanément me disent mes amis.

Tô Ngọc Vân (1906-1954)
La Petite Thuy 1943
La Petite Thuy 1943

L’influence des cubistes est manifeste dans le tableau (huile sur toile) de Ta Ty (1922-2004) . La scène de labour de Luu Công Nhân (1931-2007) traite le travail de la rizière dans une élégante palette de gris, rose et vert.

Une journée de labourage
Une journée de labourage
Effet de l’alcool 1951 ?
Effet de l’alcool 1951

Mais les arts traditionnels comme les peintures sur soie et les panneaux laqués continuent à vivre.
Cet immense paravent allie la tradition de la technique à des figures de jeunes femmes modernes.
Mon amie Thuy s’intègre dans ce joyeux groupe profitant des plaisirs de la nature. Carpe diem !

Mon amie Thuy

Plus loin, une laque d’une facture et d’un sujet beaucoup plus traditionnels, le retour au pays natal de l’étudiant devenu mandarin. On mesure le prestige de la fonction aux couleurs dorées et au nombre de serviteurs qui l’accompagnent.
Le 3ème étage consacre une très grande salle tout en longueur à des tableaux inspirés par la lutte contre les Français.

Retour glorieux du Docteur es-lettres18
Retour glorieux du Docteur ès Lettres à son village natal 1944
Ho chi Minh à son bureau Ho chi Minh à son bureau
Ho chi Minh à son bureau
En route vers le front
En route vers le front

un soldat

Un bâtiment latéral sert à des expositions temporaires : le vernissage d’un ensemble de laques vient d’avoir lieu si l’on en juge aux compositions florales déposées à l’entrée. Une autre est en préparation.

En sortant, vous pouvez vous diriger vers la rue Van Mieu pour déguster un pho ga. Et si vous souhaitez vous régaler avec un café vietnamien dont l’arôme est unique, poussez jusqu’à Công Caphé, autrement dit le Café Communiste. Les serveurs et serveuses sont en kaki. Le décor est rétro, avec meubles et objets des années 50-60. L’ambiance est feutrée ! Ici deux jeunes devant leur écran. Là des amis qui se sentent si bien dans les fauteuils cosy que leurs bavardages se prolongent.

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